Quand Maho attrape la manette, le reste du monde s’éteint. Pas de bruit de la circulation rue du Bon Pasteur, pas de notification, pas de café qui refroidit sur la table basse. Juste elle, le circuit, et cette façon bien à elle de claquer un virage en dérapant comme si elle respirait avec les boutons. Dans son salon de Borny, la jeune femme entretient un rapport au jeu vidéo que peu de monde soupçonne. Ici, on la connaît discrète. En ligne, elle est autre chose.

Maho a gagné un titre régional, puis failli enchaîner l’année suivante avec une manette qu’elle ne maîtrisait pas. Avant les trophées, il y a eu un frère, une Super Nintendo, et une route Arc-en-Ciel qui lui a résisté pendant une heure et demie.

Une heure et demie sur la route Arc-en-Ciel

Elle avait six ans, son frère aîné venait de glisser une cartouche dans la console familiale. Sur l’écran, un circuit coloré et des carapaces qui volent. Maho s’est installée, et elle n’a plus bougé. « Une heure et demie pour boucler un circuit que les pros font en moins d’une minute », se souvient-elle.

Le frère en question, c’est lui qui lui a tout montré. Final Fantasy, Super Smash Bros., et surtout Mario Kart, là où elle se sentait le plus à l’aise. Lui s’entraînait pour intégrer l’équipe nationale en vue d’une coupe du monde de Mario Kart 8, à l’époque où ça se jouait sur Wii U. Maho, elle, jouait pour passer le temps. Pour le plaisir de voir son frère s’arracher sur un chrono, pour ce moment suspendu où le salon devenait une arène.

Puis son frère est mort. Et tout ce qu’il visait, les 20 000 points en ligne, les tournois, la reconnaissance dans la communauté, s’est retrouvé suspendu. Maho a pris la manette. Pas pour faire semblant. Pour faire à sa place.

Elle a atteint les 20 000 points le 19 mai, le jour de l’anniversaire de son frère. Un mois plus tôt, elle avait remporté son premier tournoi.

2018, la Wii U et le deuil qui devient carburant

Les tournois régionaux se déroulaient dans sa ville, à Metz. Maho s’est inscrite sans trop savoir à quoi s’attendre. Elle avait passé les quatre mois précédents à s’entraîner jusqu’à douze heures par jour, grimpant de zéro à 18 000 points en ligne. Le jour de la compétition, réveil à l’aube, quatre heures de chauffe avec des amis, et cette question au fond du crâne : est-ce que je mérite d’être là ?

Les qualifications lui donnent une première réponse. Score parfait : 60 points sur un grand prix de quatre courses, 15 points par victoire de circuit. Elle enchaîne. Demi-finale, une cinquantaine de points, toujours première. En finale, elle vacille au milieu de la course, frôle la cinquième place, puis se reprend. Elle termine avec une centaine de points, dix d’avance sur le second. Championne régionale.

Elle est rentrée chez elle avec deux petites figurines. Son chat les a mâchouillées depuis. « Elles sont méconnaissables », dit-elle en riant.

Changer de manette sans lâcher le volant

L’édition 2019 est passée sur Switch. Mario Kart 8 Deluxe, manette différente, études reprises, moins de temps pour s’entraîner. Elle y est allée quand même. Pas de score parfait aux qualifs. En quart, deuxième de justesse. En demi, un point d’écart. En finale, le plus jeune des quatre concurrents la devance d’une dizaine de points. Vice-championne régionale.

Le gaming, cette autre façon d’exister à Borny

On pourrait croire que l’e-sport et les quartiers populaires ne font pas bon ménage. On se trompe. Dans un salon de Borny, une console et une connexion internet suffisent à rejoindre une compétition mondiale. Pas besoin d’infrastructure coûteuse, pas besoin de piston. Juste du temps, de la rage, et une envie de progresser.

Ce qui change la donne, c’est la reconnaissance. Quand un jeune de Metz-Est gagne un tournoi de foot, on en parle à la maison de quartier, dans les articles du site, parfois même dans la presse. Quand il gagne un tournoi de Mario Kart, l’exploit reste confiné aux forums et aux serveurs Discord. Pourtant, les heures d’entraînement sont les mêmes, la pression aussi. Maho fait partie de celles qui rendent cette réalité visible.

Elle y ajoute un combat supplémentaire. Dans le milieu de l’e-sport, une fille reste une anomalie statistique. En 2018 comme en 2019, elle était la seule finaliste féminine. Personne ne lui a fait de remarque déplacée, mais elle sait que le regard change quand on comprend que « Maho », ce n’est pas un pseudo de mec. Elle assume. « Les filles peuvent avoir un niveau professionnel, c’est encore tabou, je veux montrer que c’est possible. »

À Bellecroix aussi, des initiatives naissent autour du jeu vidéo. Des tournois sont parfois organisés dans les maisons de quartier, des ateliers numériques ouvrent la voie. Mais les figures locales manquent encore. Maho en est une.

Twitch, la traduction et le retour qu’on prépare

Aujourd’hui, Maho a mis la compétition entre parenthèses pour ses études de traduction. Mais Mario Kart n’est jamais loin. Elle prévoit de se remettre à l’entraînement, doucement, de lancer des lives sur Twitch pour partager ses courses et discuter avec ceux que l’univers intéresse.

Son objectif : retrouver son niveau, dénicher des tournois en ligne, et pourquoi pas un jour porter le maillot de l’équipe de France.

À Borny, derrière une fenêtre allumée le soir, il y a peut-être une fille en train de claquer un record sur le circuit de Bowser.

Questions fréquentes

Une fille dans le gaming, est-ce encore un combat aujourd’hui ?

Les choses évoluent, mais lentement. Dans les compétitions en ligne, une joueuse doit souvent prouver son niveau avant d’être prise au sérieux. Maho l’a constaté à chaque tournoi où elle était la seule femme. L’important, dit-elle, c’est de ne pas intérioriser le doute.

Quels jeux Mario Kart sont utilisés en compétition ?

Tout dépend des tournois. La version Switch, Mario Kart 8 Deluxe, domine actuellement la scène. Mais des communautés persistent sur d’anciennes éditions comme Mario Kart Wii. Le format classique reste le grand prix à quatre courses, avec des points attribués selon le classement.

Où suivre l’actualité gaming à Metz-Est ?

Les maisons de quartier de Borny et de Bellecroix proposent parfois des événements numériques et des tournois. Pour ne rien rater, le mieux est de consulter les panneaux d’affichage sur place ou de garder un œil sur les comptes sociaux des structures d’animation du quartier.

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